Le savon n’a pas peur de se salir
Je relisais une page de mon journal de bord, écrite en mars dernier après une méditation. J’y avais noté ceci :
Le savon pourrait angoisser quand il voit des mains sales s’approcher, et avoir peur d’être éclaboussé par la boue… Mais il nettoie, et ne garde pas la saleté sur lui. Il continue son travail de nettoyage.
Je ne sais pas pour toi, mais moi, j’utilise souvent ce genre d’images pour apprivoiser des concepts avec lesquels j’ai parfois de la difficulté. Et celle-ci m’a fait rire! Comme si un simple petit savon à mains avait des états d’âme et aurait envie de fuir en voyant s’approcher des mains pleines de terre!
Mais derrière le rire, il y avait quelque chose de plus sérieux : ça m’a fait comprendre que ça ne me sert à rien d’avoir peur, bien souvent. Je peux faire ce que j’ai à faire — accomplir une mission, un geste, un pas — sans craindre d’en ressortir « salie ».
Et si c’était pareil pour moi?
Chaque fois que j’interviens devant un groupe, cette petite crainte revient : celle d’être jugée, mal perçue, ridiculisée, pas prise au sérieux. Rire de manière intentionnelle devant des inconnu·e·s, c’est déjà sortir de sa zone de confort — même après toutes ces années. Ça ne dure pas longtemps mais c’est toujours un petit peu là.
Le printemps dernier, j’ai offert un programme à un groupe de professeur·e·s de la Faculté de médecine de l’Université Laval. Au début de mon intervention, j’étais très nerveuse. J’étais impressionnée par l’auditoire, et j’avais peur de dire les mauvaises choses, de faire des gaffes, de ne pas être prise au sérieux devant un groupe aussi savant.
Cette impression-là, je l’ai régulièrement, en fait. Mais chaque fois, elle passe dès que je commence à parler et à expliquer — parce que je suis profondément convaincue des bienfaits de ce que j’apporte. Comme le savon, je fais le travail, et j’en ressors intacte, peut-être même avec un peu plus de conviction qu’avant. Et en prime, j’ai réussi à nettoyer les mains : à aider les personnes présentes à rire, à relâcher une couche de stress accumulée dans leur corps, à repartir un peu plus légères qu’à leur arrivée.
Comme le savon avec nos mains sales!
Le savon ne se demande pas s’il va réussir à nettoyer. Il ne calcule pas le risque d’être éclaboussé. Il fait ce qu’il a à faire, un point c’est tout — et il en ressort aussi propre qu’avant.
Et si je pouvais, moi aussi, agir avec cette même simplicité? Sans craindre le jugement, l’échec, ou l’inconfort du changement?
Et toi?
Ça t’arrive, à toi aussi, d’avoir peur de sortir de ta zone de confort?
Peut-être que c’est la peur d’être jugé·e. Peut-être la peur de l’échec. Ou peut-être simplement la peur de « salir » l’image bien rangée que tu as de toi-même — celle qui n’a pas encore essayé, pas encore raté, pas encore été bousculée.
Mais comme le savon, tu peux faire le travail sans garder la saleté sur toi. Tu peux prendre la parole, tenter la chose, sortir de la routine — et en ressortir intact·e, peut-être même un peu plus propre qu’avant, débarrassé·e d’une peur qui ne te servait à rien.
Et ça, pour moi, c’est la liberté! Sortir de notre carcan, ça rend léger! Rire de manière intentionnelle me procure cette sensation à chaque fois – comme si je déposais, l’espace d’un instant, tout ce que je n’ai pas besoin de porter.
Je te confie une petite mission
Ta mission, si tu l’acceptes bien sûr, c’est d’identifier une seule chose que tu évites par peur – une peur qui, au fond, ne te protège de rien de réel.
Et fais-la quand même! Pas pour prouver quoi que ce soit mais bien pour goûter à cette légèreté-là. En te rappelant que tu peux juste nettoyer sans te salir!
Grosses bises affectueuses
Linda



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